par Marion Escarpit – Fédération de Pêche des Landes (FD40)
Le lac de Cazaux-Sanguinet héberge une faune piscicole diversifiée.
Les inventaires
Étant donné ses dimensions, il est bien évidemment impossible d’inventorier la totalité des espèces (effectifs, biomasses, classes de taille…). Cependant, les échantillonnages par filets et les retours pêcheurs permettent d’avoir une idée du peuplement piscicole. Une douzaine d’espèces est retrouvée lors des échantillonnages scientifiques. Ils sont réalisés à l’aide de filets maillants (une cinquantaine filets, de mailles différentes), posés durant une nuit à la saison estivale. La dernière campagne date de 2022. Elles ont lieu tous les 5/6 ans et participent à l’évaluation de l’état des masses d’eau par l’Agence de l’Eau Adour-Garonne.
Cependant, la pêche par filets maillants représente une méthode d’échantillonnage partielle. Plusieurs espèces, du fait de leur comportement, leur silhouette, leur taille, ne peuvent pas être attrapées
Les espèces
Les espèces retrouvées sont l’ablette (Alburnus alburnus), la brème bordelière (Blicca bjoerkna), la brème commune (Abramis brama), le carassin (Carassius spp.), le gardon (Rutilus rutilus), le goujon (Gobio spp.), la grémille (Gymnocephalus cernua), l’ide mélanote (Leuciscus idus), la perche commune (Perca fluviatilis), le rotengle (Scardinius erythrophthalmus) et le sandre (Sander lucioperca). Les effectifs sont largement dominés par les gardons, les grémilles et les perches communes. En termes de biomasses (kg), les brèmes communes sont bien représentées, ainsi que les sandres, car les individus peuvent être plus gros. Les tendances évolutives semblent se maintenir, que ce soit en effectifs ou en biomasses. C’est pourquoi, les retours pêcheurs sont d’une précieuse aide. Ainsi, on retrouve dans le lac, l’anguille européenne (Anguilla anguilla), espèce migratrice amphihaline, dont la pêche est très réglementée. Des campagnes de repeuplements peuvent même être menées par le CRPMEM NA pour soutenir les effectifs. On retrouve également des carnassiers, très appréciés des pêcheurs à la ligne : le brochet (Esox spp.) (1), le black-bass à grande bouche (Micropterus salmoides) originaire d’Amérique du Nord, ou encore le silure (Silurus glanis). Ce dernier a colonisé très récemment le lac et il vient du lac sud. La carpe commune (Cyprinus carpio), acclimatée depuis plusieurs siècles, est présente sur le plan d’eau.
Les espèces exotiques envahissantes
Des espèces exotiques envahissantes (2) sont bien évidemment présentes, avec notamment, le poisson-chat (Ameiurus melas), la perche-soleil (Lepomis gibbosus) ou encore la gambusie (Gambusia holbrooki), introduite pour lutter contre les moustiques. L’écrevisse de Louisiane (Procambarus clarkii), bien qu’elle ne soit pas un poisson, est répertoriée dans la faune piscicole du lac de Cazaux-Sanguinet. Porteuse saine de la peste de l’écrevisse, son introduction a, entre autres, participé à l’extermination de l’écrevisse à pattes blanches (Austropotamobius pallipes).
La protection du lac et de ses habitants
Le lac de Cazaux-Sanguinet présente des eaux claires et une zone euphotique (3) pouvant atteindre parfois 15m de profondeur à certaines périodes de l’année (été).
Les communautés piscicoles sensibles à la lumière ou évoluant en eaux troubles sont donc désavantagées, au profit d’espèces appréciant une forte transparence et des herbiers.
Mais, malgré les apparences, le lac de Cazaux-Sanguinet n’échappe pas aux diverses pressions rencontrées sur le territoire landais : la disparition des zones humides attenantes et la dégradation de celles restantes, suite notamment à la fixation de périmètre du lac pour l’urbanisation et les activités touristiques. L’introduction d’espèces, peu importe leurs statuts, est aussi une menace pour l’équilibre de la faune piscicole du lac. La Fédération Départementale des Landes pour la Pêche et la Protection du Milieu Aquatique s’évertue à encadrer l’activité halieutique (4) dans des Plans de Gestion Piscicole Locaux (PGPL). En collaboration avec les Associations Agréées pour la Pêche et la Protection du Milieu Aquatique, détentrices des droits de pêche sur le lac (l’AAPPMA de Biscarrosse, l’AAPPMA de Sanguinet et l’AAPPMA de la Gaule Cazaline), des actions de gestion, de connaissances, de sensibilisation sont menées pour permettre un loisir pêche de qualité, tout en respectant les capacités du milieu.
(1) spp : l’abréviation spp signifie qu’il y a plusieurs variétés dans la même famille
ex : esox spp – esox le nom scientifique du brochet, spp signifie qu’il y a plusieurs variétés de brochets
(2) Les espèces exotiques envahissantes : (EEE) désignent certains animaux ou végétaux dont leur introduction par l’Homme, volontaire ou fortuite, sur un territoire représente une menace pour les écosystèmes.
(3) Zone euphotique : La zone euphotique est la couche d’eau dans laquelle il y a suffisamment de lumière pour que la photosynthèse nette se produise.
(4) L’activité halieutique : La production halieutique est l’exploitation des ressources vivantes aquatiques. Elle regroupe les différents modes d’exploitation et de gestion (pêche, aquaculture) des espèces vivantes (végétales ou animales) exercés dans tous les milieux aquatiques (mer et eau douce).