La chronologie

Les sites de Sanguinet, une frise chronologique grandeur nature

Le lac de Biscarosse-Cazaux-Sanguinet est le deuxième plus grand lac du littoral Aquitain avec plus de 50km². Sa profondeur maximale est de l’ordre de 25m et son niveau actuel est situé à 21m au-dessus du niveau de l’océan (1).

(1)Un niveau maximal dépassant 23 m atteint au XVIIIe siècle à la suite de la formation des dunes littorales modernes a été réduit aux 21 m actuels en 1840 grâce à l’aménagement d’un canal de déversement.

 Il est principalement alimenté par la Gourgue, petite rivière qui coule d’est en ouest et qui se jetait directement dans l’océan il y a 4000 ans. Depuis l’âge du bronze, les rives de la Gourgue sont habitées, son exutoire permettait aux populations locales d’atteindre l’océan et de caboter le long du golfe de Gascogne.

Il y a 3500 ans la formation des dunes littorales a obstrué l’embouchure de la rivière, entraînant la retenue des eaux, et la formation progressive du lac que nous connaissons aujourd’hui.

D’après les éléments découverts à ce jour, ces populations aquitaines vivaient de la pêche, du travail du métal et pratiquaient certainement le commerce de la résine et du cuivre sur des distances très importantes le long du littoral.
Les données archéologiques montrent une corrélation directe entre l’altitude (et donc la profondeur actuelle sous le niveau du lac) des vestiges et leur datation : les sites situés aux altitudes les plus basses, aujourd’hui les plus profonds, correspondent aux occupations les plus anciennes, tandis que ceux localisés à des altitudes plus élevées (moins profonds) sont plus récents. Cette répartition spatiale traduit les différentes étapes de formation du lac et l’élévation progressive du niveau des eaux, consécutive à la modification du système hydrographique.

La mise en place du cordon dunaire à l’embouchure a entraîné une transformation du fonctionnement hydrologique, provoquant une remontée du plan d’eau et un recul progressif des zones habitables. Ainsi, les occupations humaines se sont déplacées vers l’amont et vers des secteurs topographiquement plus élevés, au fur et à mesure de l’évolution du milieu.

Ainsi, vers 16 m de profondeur, se trouvent des objets datant d’environ 3500 ans (1500 à 1600 ans avant J.C.) correspondant à l’âge du bronze ancien et plus à l’est, à environ 6 m de profondeur, reposent des objets de l’époque gallo-romaine.

Les habitants, repoussés par la montée régulière et progressive des eaux, ont abandonné des objets de la vie courante qui ont été immergés et ainsi protégés des pillages et de la destruction c’est une des particularités de ce lac.
La topographie des sites répartis le long de l’ancienne vallée constitue dès lors une véritable frise chronologique naturelle : leur localisation en fonction de l’altitude retrace les étapes successives de la formation du lac et de l’ennoyage progressif de la vallée, depuis les occupations de l’âge du Bronze ancien jusqu’à l’époque gallo-romaine.

Ainsi :

  • Entre 4 et 5 m de profondeur on trouve un petit temple romain (Ouvrage datant de la période romaine avant 300 après J-C)
  • Entre 6 et 7 m de profondeur, une voie romaine d’environ 8 m de large et 300 m de long, constituée d’environ 2500 pieux et un dépôt monétaire constitué de 172 pièces romaines déposées dans un petit vase et une autre voie romaine, antérieure à la précédente. (Ouvrages et objets datant d’environ 300 après J-C)
  • Entre 7 et 8 m de profondeur sur un promontoire, deux enceintes de pieux pouvant avoir servi d’atelier de forge (Ouvrage datant d’environ 300 ans avant J-C)
  • À 10 m de profondeur trois ensembles d’une dizaine de pieux chacun ayant probablement servi d’habitations (Ouvrages datant d’environ 600 ans avant J-C)
  • À 12 m de profondeur une cinquantaine de pieux et un foyer, constituant une zone d’habitation (Ouvrages datant d’environ 700 ans avant J-C)
  • À 12 m de profondeur un fond de cabane d’une dizaine de m² comportant une plaque d’argile servant de foyer, surmontant un autre fond de cabane plus vieux d’environ 200 ans et ayant été détruit par un incendie (Ouvrages datant d’environ 800 ans avant J-C)
  • À 16m de profondeur un grand nombre de pieux ayant probablement servi à la construction de plusieurs ensembles d’habitations (Ouvrages d’âges différents, les plus anciens datant d’environ 1600 avant J-C).

Sur l’ensemble du parcours, il a été trouvé une quarantaine de pirogues et quantité d’objets divers (céramiques, bijoux, monnaies, pointes de flèches, outils, objets en bois). Des zones forestières y ont été déterminées.
C’est, le CRESS, qui a découvert la quasi-totalité des objets et sites.

Nous poursuivons nos études au-delà des sites archéologiques. Nous restons également très actifs dans tous les domaines qui ont un rapport avec la protection du plan d’eau et de son environnement.

Ces découvertes archéologiques posent encore de nombreuses questions et beaucoup reste encore à découvrir.